Agriculture et développement durable

Ce titre est pour moi incomplet car on devrait écrire : Contribution de l’agriculture au développement durable. L’agriculture est indissociable du développement de la société car société et agriculture sont liées au plus profond de leurs racines ; on a tous été des agriculteurs depuis l’origine de l’humanité. On l’a sûrement trop oublié depuis quelques années.

Témoingnage de Jacki On ne devrait plus s’appeler
des agriculteurs mais des
restaurateurs d’équilibres.

Trop de personnes ne savent plus ce que représente vraiment l’agriculture et donc les réflexes de consommation ne sont plus conditionnés que par des soucis parfois purement mercantiles (hard discount) voire de commodités (plats préparés), à grand renforts de publicité. Cela peut se comprendre malgré tout. De l’autre côté, trop d’agriculteurs n’ont pas conscience de l’impact de leurs pratiques sur le milieu naturel et sur la qualité des produits. Les causes sont principalement d’ordre économique pour les raisons citées plus haut. Et si ces deux mondes ne s’ignoraient pas tout simplement, et n’étaient pas conscients de ce qui nous permet de se nourrir, c’est à dire cette couche arable de terre d’environ 30 cm. Un couche arable qu’il faut respecter mais surtout rendre productive durablement sans compromettre les générations futures à pouvoir se nourrir ellesmêmes. A cela j‘ajoute que l’agriculture permet d’autres fonctions comme le recyclage des déchets organiques grâce au sol, la production d’énergie grâce à la biomasse (bois, huile…), sans parler de l’entretien des paysages. Vous avez là tous les ingrédients pour durablement réconcilier la société avec ses paysans dans un tout indissociable.

L’agronomie doit être au coeur de l’agriculture durable

Même l’éleveur de bétail doit se préoccuper en priorité de la qualité de son sol pour produire du bon fourrage. Pour créer un sol durablement fertile on doit stabiliser sa structure, le protéger des agressions physiques (pluie, vent…), restaurer ses équilibres biologiques et l’enrichir en humus. On retrouvera là l’intérêt de diversifier au maximum les cultures dans la rotation, de mettre en place des couverts végétaux qui protègeront le sol des intempéries et permettront de recycler les éléments minéraux en matière organique. On y verra l’avantage de ne pas travailler le sol inutilement, pour ne pas perturber son organisation structurale permettant une meilleure infiltration de l’excès d’eau au lieu d’y voir une érosion aux conséquences désastreuses pour l’économie ( perte de terre, coulées de boue…) et l’environnement ( pollution des rivières, traitement de l’eau…). Cela fera gagner du temps et de l’énergie. On sera content de voir qu’un bon équilibre biologique permettra de mettre beaucoup moins de chimie compensatrice pour produire. Tout cela se pratique déjà à des niveaux différents et je salue ceux qui sont engagés dans cette démarche car ils sont les éclaireurs de l’agriculture de demain. Non ce n’est pas une utopie, on peut concilier protection des milieux et production agricole. Les techniques existent et sont connues, surtout à l’étranger malheureusement. On ne devrait plus s’appeler des agriculteurs mais des restaurateurs d’équilibres. Certains parlent d’agroécologues. Il manquerait pour cela de la tolérance dans un premier temps pour se comprendre, puis du pragmatisme car chacun a sa part de vérité. Il suffit ensuite d’orchestrer les connaissances de chacun et de transmettre ce savoir. C’est à notre portée.

Jacky Berland, agriculteur
de Saint Martin de Fraigneau (Sud Vendée)

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